Master Prompt associé : MP11, préparer une charte éditoriale.

Résultat attendu

Après ce guide, vous savez transformer une intention de ton vague en règles concrètes, illustrées par des exemples acceptés et refusés, qu’un texte peut respecter ou trahir de façon vérifiable. Vous savez aussi produire un passage de référence écrit par vous, qui sert de modèle réel plutôt que de description abstraite.

Le résultat est une charte courte et un passage de référence, tous deux capables de départager un bon texte d’un mauvais.

Ce qu’il faut avoir sous la main

Le brief de G06, en particulier le lecteur et ses conditions de lecture. La fiche lecteur de G03, pour ne pas écrire dans un registre que votre lecteur ne comprend pas.

« Un ton professionnel et accessible » ne dirige rien

Demandez à dix personnes ce que signifie un ton « professionnel et accessible », et vous obtiendrez dix textes différents, tous défendables. Le problème n’est pas le manque de goût de chacune : c’est que l’expression ne contraint rien de vérifiable.

Une charte éditoriale utile répond à des questions concrètes, pas à des adjectifs. Emploie-t-on « vous » ou « tu » ? Combien de temps fait une phrase, en moyenne ? Un terme technique est-il expliqué la première fois ou seulement lié à un glossaire ? Une transition entre deux idées prend-elle une phrase entière ou un simple connecteur ?

Sans réponses à ces questions, une IA rédige selon un style générique par défaut, différent d’un chapitre à l’autre et d’une session à l’autre. C’est exactement le défaut qu’un guide ultérieur du curriculum, consacré à traquer les ruptures de style, devra corriger plus tard, à un coût bien supérieur à celui de le prévenir maintenant.

Cinq décisions qui composent une voix

L’adresse au lecteur. Vouvoiement ou tutoiement, et surtout, cohérence absolue dans tout l’ouvrage. Un changement d’adresse au milieu d’un chapitre signale presque toujours un texte recollé de sources différentes sans relecture unifiée.

Le niveau de vocabulaire. Quels termes techniques sont supposés connus, lesquels doivent être expliqués à leur première apparition, lesquels sont à éviter entièrement. Ce choix découle directement du niveau du lecteur décrit en G03, pas d’une préférence personnelle de l’auteur.

La longueur et le rythme des phrases. Une charte peut préférer des phrases courtes pour un lecteur pressé, ou accepter des phrases plus longues pour un public habitué à une lecture continue. Ni l’un ni l’autre n’est supérieur dans l’absolu : le choix dépend du contrat de lecture posé en G06.

Le traitement des exemples. Introduits par une formule fixe ou variée, présentés avant ou après l’explication qu’ils illustrent, signalés comme fictifs ou réels selon la méthode de P03. Une charte fixe cette convention une fois, pour que chaque chapitre l’applique de la même façon.

Les conventions typographiques. Guillemets, mise en avant des termes importants, format des listes, présence ou absence d’émojis ou de tirets décoratifs. Le standard éditorial commun fixe déjà l’interdiction du tiret cadratin pour l’ensemble des parcours Web-Shine Docs ; votre charte peut ajouter des règles propres à votre projet sans contredire cette base commune.

Écrire le passage de référence avant la charte

L’erreur fréquente consiste à rédiger la charte d’abord, en abstrait, puis à espérer qu’un texte s’y conforme. La méthode plus fiable inverse l’ordre : écrivez vous-même un court passage représentatif de votre ouvrage, dans la voix que vous voulez obtenir, puis décrivez ce que ce passage fait réellement.

Ce passage n’a pas besoin d’être long. Un paragraphe d’introduction de chapitre ou une explication d’un concept suffit, à condition qu’il contienne une phrase d’accroche, une explication et une transition, les trois éléments les plus révélateurs d’une voix.

Passage de référence fictif du cas A

« Vous avez sans doute déjà une idée de ce que vous proposez. Le problème n’est pas là : il est dans la façon de le dire à quelqu’un qui ne vous connaît pas encore. Une rubrique « Services » qui liste seulement des noms de prestations ne dit rien à un visiteur pressé. Elle dit encore moins à un prestataire qui doit la mettre en page sans vous poser dix questions. »

Ce passage tutoie ou vouvoie clairement (ici, le vouvoiement), utilise des phrases de longueur moyenne, introduit un terme technique (« rubrique ») sans le définir formellement car le contexte suffit à le comprendre, et enchaîne deux idées par une transition brève plutôt qu’un connecteur lourd.

Formuler la charte à partir du passage

Une fois le passage écrit, décrivez-le en règles. Pour chaque choix repéré, indiquez la règle, un exemple qui la respecte, et un exemple qui la trahit. C’est cette paire accepté/refusé qui rend la charte vérifiable.

Charte fictive du cas A, extraite du passage ci-dessus :

RègleExemple acceptéExemple refusé
RègleVouvoiement constantExemple accepté« Vous avez sans doute déjà une idée »Exemple refusé« Tu as sans doute déjà une idée »
RèglePhrases de 15 à 25 mots en moyenne, jamais deux phrases très longues d’affiléeExemple accepté« Une rubrique « Services » qui liste seulement des noms de prestations ne dit rien à un visiteur pressé. »Exemple refuséUne phrase unique de 60 mots enchaînant trois idées sans ponctuation intermédiaire
RègleTerme technique introduit par le contexte, pas par une définition encadréeExemple accepté« une rubrique « Services » » suivi d’un usage clairExemple refusé« Une rubrique, c’est-à-dire une section du site web qui... »
RègleTransition brève entre deux idéesExemple accepté« Le problème n’est pas là : il est dans... »Exemple refusé« Cela nous amène à considérer, dans un tout autre registre, la question suivante »
RègleAucun tiret cadratin, conforme au standard éditorialExemple acceptéUne virgule ou une phrase séparéeExemple refuséUn tiret cadratin pour insérer une remarque

La colonne « exemple refusé » n’a pas besoin d’être une faute grossière. Un texte grammaticalement correct peut trahir la charte s’il change de registre : c’est justement ce que cette colonne doit permettre de repérer.

Adapter la charte, ne pas la multiplier

Une charte de plus de dix règles devient difficile à appliquer et à vérifier. Si vous constatez qu’il vous en faut davantage, cherchez d’abord si plusieurs règles peuvent se regrouper sous un principe commun, avant d’ajouter une ligne de plus.

La charte n’est pas figée pour toujours. Le chapitre pilote du guide suivant sert précisément à l’éprouver sur un texte plus long et à la corriger si elle se révèle trop rigide ou insuffisamment précise. Une charte modifiée après le pilote reste versionnée, comme tout document du projet.

Exercice : écrire votre passage, puis votre charte

Données de départ. Votre fiche lecteur de G03, votre brief de G06, un sujet précis tiré de votre plan audité de G12.

Consigne. Rédigez un passage de référence de six à dix phrases, dans la voix que vous voulez pour votre ouvrage. Puis formulez cinq règles au minimum, chacune avec un exemple accepté tiré ou inspiré du passage, et un exemple refusé que vous inventez pour illustrer la trahison de la règle.

Production attendue. Un passage de référence et une charte de cinq à dix règles, chacune illustrée par une paire d’exemples.

Critère de réussite

Chaque règle est vérifiable sur un texte donné, sans jugement subjectif supplémentaire. Le passage de référence respecte lui-même toutes les règles qu’il inspire.

Correction. Une charte qui contient une règle du type « le ton doit rester agréable » échoue : rien ne permet de vérifier objectivement le respect de cette règle. Reformulez-la en un critère observable, par exemple sur la longueur des phrases ou le traitement des exemples.

Remédiation. Si vous peinez à formuler des règles à partir de votre passage, relisez-le phrase par phrase et demandez pour chacune : qu’est-ce que j’ai décidé ici, sans m’en rendre compte ?

Corrigé commenté

Le passage de référence du cas A ci-dessus contient une décision facile à manquer : il pose une question implicite au lecteur sans point d’interrogation explicite (« Le problème n’est pas là »), ce qui crée une proximité conversationnelle sans familiarité excessive. Une charte complète devrait noter cette technique comme une règle à part, avec son propre exemple refusé, par exemple une formulation trop formelle comme « Il convient de noter que le problème réside ailleurs ».

Si votre corrigé personnel ne repère qu’une partie des décisions présentes dans votre propre passage, ce n’est pas un échec : c’est attendu à ce stade. Le chapitre pilote du guide suivant révélera les décisions que la charte actuelle ne couvre pas encore.

Employer MP11 sur votre passage, pas à sa place

MP11, préparer une charte éditoriale prend votre passage de référence et vos préférences déclarées, puis propose des règles formulées avec leurs paires d’exemples. Il doit s’appuyer sur ce que votre passage fait réellement, pas sur une charte générique plaquée après coup.

Contrôlez que chaque règle proposée cite un passage précis de votre texte de référence. Une règle qui n’a aucun ancrage dans votre passage a probablement été inventée pour compléter un modèle de charte standard, ce que la procédure doit précisément éviter.

Vérification des acquis

« Un ton professionnel et accessible » est-il une règle de charte suffisante ? Non. Rien n’y est vérifiable sur un texte donné. Il faut la traduire en critères observables : adresse au lecteur, longueur de phrase, traitement du vocabulaire technique.

Peut-on écrire la charte avant le passage de référence ? C’est possible mais plus risqué : sans exemple réel, la charte reste abstraite et difficile à vérifier. Partir du passage ancre chaque règle dans un texte concret.

La charte peut-elle changer après le chapitre pilote ? Oui, et c’est même l’un des objectifs du pilote. Une charte corrigée reste versionnée comme tout document du projet.

  • Le passage de référence est écrit par vous, pas généré.
  • Chaque règle est vérifiable, avec un exemple accepté et un exemple refusé.
  • La charte ne contredit pas le standard éditorial commun, notamment l’absence de tiret cadratin.
  • La charte compte un nombre de règles gérable, regroupées plutôt que multipliées.

Votre voix est maintenant décrite en règles vérifiables. Le guide suivant va l’éprouver sur un texte représentatif, avant de généraliser la méthode à tout le manuscrit.